La chronique du Dr Stone

Un diplôme prestigieux, un salaire liliputien, un entrepreneur de mari, un polichinelle dans le tiroir et la langue bien pendue...

16 août 2007

LA DAME EN NOIR (même Juliette Greco fait ses courses au supermarché)

Le Président déteste les supermarchés. Pourtant, on peut parfois y croiser des silhouettes inattendues. Je n'ai pas l'âme de la groupie du pianiste (je laisse cela à mon amie la compagne du pianiste Michel : voir son blog listé ci contre Reprise partie) mais il y a néanmoins quelques artistes qui m'ont marquée durablement... Récit d'une non rencontre il y a trois ans :

Juliette. Une Juliette, ça devrait forcément être fragile, éthérée, tremblante, rougissante, soumise. Cette Juliette là est tout l’inverse, elle est la fiancée du pirate. Terriblement douce et terriblement violente. La vieille dame peu respectable répond « ouais », dit « hein » ou s’insurge « quel connard ». J’aimerais tant vous rencontrer pour vous regarder comme je regarderais une œuvre d’art, comme la belle romaine de Modigliani qui est comme vous l’image de la force et de la délicatesse, comme toutes ces œuvres dans lesquelles on croit pouvoir se perdre tant elles ont de profondeur. Juliette les nerfs à fleurs de peau, Juliette qui dit en souriant ne pas être très équilibrée, vivre des joies profondes et des désespoirs sans fond. Juliette star en noir sur une scène où se dessine sa pâleur diaphane. Juliette qui nous envoûte telle une sorcière, telle Belphégor. Juliette qui au Géant Casino de Saint Tropez se promène le 31 décembre comme n’importe quelle ménagère et se plaint que les caddies bloquent le passage pour accéder aux bouteilles de champagne. Juliette j’aurais tant aimé vous parler ce jour-là, entre les paquets de saumon fumé et les dindes farcies, entre les gâteaux bas de gamme aux couleurs trop vives et les huîtres à la fraîcheur douteuse. J’ai croisé la dame en noir dans un supermarché bondé et elle a gardé tout son mystère, comme une apparition, comme une vestale sur un dépotoir. Juliette si proche et si lointaine. Juliette qui cogne. Juliette, si j’étais un homme je tomberais amoureux de vous dans l’instant. Derrière cette fumée noire qui ombre vos yeux, courbes et contrecourbes noires, vous masquez votre regard. Ce regard qu’on sent plein d’un défi que troublent souvent des larmes retenues. Ce rideau sombre de votre fard cache votre émotion autant qu’elle lui sert d’écrin. Comment détacher ses yeux d’une femme comme vous. J’ai l’âge d’être votre petite fille et je voudrais vous ressembler. Il est rare d’envier la vieillesse mais rien de cette vieillesse n’est visible en vous, la jolie môme c’est vous. Vous avez la beauté d’une corde de violon, trop tendue prête à vous claquer à la figure au moindre geste brusque, pouvant vibrer, grincer. Juliette, vous êtes tout sauf une grand-mère ou alors une grand-mère indigne. Riche, riche est ce qu’on devine derrière cette image inchangée depuis tant d’années, des bonheurs et des failles immenses se devinent. On voudrait autant vous écouter les dires que les garer secrets. Vos yeux me donnent envie de vivre. Juliette, quitte à avoir peur, à avoir mal mais avec l’espoir d’avoir un jour un regard tel que le vôtre, un regard où l’on voit le monde. Juliette.ijung2

Posté par Dr Stone à 09:46 - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Je crois que je pourrais écrire une lettre comme celle-ci à Barbara. Les anges lui apporteront d'un mouvement d'aile.

Posté par MarcelD, 16 août 2007 à 11:47

quelle plume

je te suggère, pendant les quelques semaines de tranquilité qu'il te reste avant que ma filleule ne montre le bout de son nez, d' écrire un livre; tu en as largement les compétences; Amélie l'excentrique peut aller se coucher!

Posté par duchesse, 16 août 2007 à 12:22

Pour répondre à Marcel je crois que pour moi ce serait Signoret...

Posté par Fab au taf, 18 août 2007 à 19:50

déchéance

@fab : signoret jeune alors, car tu vois ce que ça donne les effets de l'alcool à la longue.

Posté par Miche, 20 août 2007 à 14:55

J'arrete des que que l'on me decerne un Oscar!

Posté par Fab, 20 août 2007 à 20:05

Merci duchesse

je suis flattée de ton commentaire et de te lire.
Quant à Fab et Signoret, vieille histoire !! ah la nostalgie n est plus ce qu'elle était !

Posté par Dr Stone, 21 août 2007 à 09:10

très émouvant

Je suis tout à fait d'accord avec Duchesse. C'est un texte merveilleusement bien écrit, comme toujours et comme tu sais si bien le faire.

Posté par nat, 22 août 2007 à 16:42

Merci Nat !

merci merci

Posté par Dr Stone, 22 août 2007 à 18:14

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